Citation – Tout reste à faire

« La confiance est une des clés nécessaires et importantes dans la construction d’une relation, qu’elle soit amoureuse ou amicale. Trahir cette confiance, c’est envoyer la relation à l’échafaud. Ce que se permettent copieusement les gouvernements qui, sans aucun sens moral, violent votre intimité sous le prétexte paranoïaque que chaque citoyen est reconnu comme un terroriste en devenir. Comment leur accorder ensuite un minimum de considération ? Ils entretiennent eux-mêmes l’aversion de ce système. »

« Tout reste à faire »

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« J’ai des blancs » Pierre Ahnne

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Quatrième de couverture
Personne ne trouve grâce à ses yeux : les usagers des transports en commun, le personnel des hôpitaux, les adolescents, leurs professeurs, les gens en général provoquent en lui une hargne rentrée mêlée d’accablement. Qu’est-ce qui pousse ce professeur en congé pour dépression à venir tous les jours rôder autour de son établissement, un cartable vide à la main, en ruminant l’exaspération que le genre humain provoque en lui ?

Ne comptons pas sur le narrateur atrabilaire pour nous révéler ses secrets. Heureusement il y a les autres (femme en crise, adolescente en fugue), dont les histoires, en croisant la sienne, vont le forcer à sortir de lui ou l’y ramener. Entretemps, des couloirs du RER aux rivières du Quercy, il aura été question d’amour, le mort, d’organes, de coffres rustiques bretons et de confit de canard.

Mon avis
À la lecture du résumé sur la quatrième de couverture, le sujet me semblait fort et intéressant, c’est la raison pour laquelle j’ai voulu lire ce roman. Celui-ci est découpé en deux parties.
Dès les premières pages, le ton est donné, le personnage apparaît d’emblée antipathique. Comme il est écrit dans ce résumé : « Personne ne trouve grâce à ses yeux ». le problème, c’est que toutes ses impressions sur les gens nous sont livrées avec condescendance et un sentiment de malaise se dégage de la lecture. J’ai eu du mal à digérer les 20 premières pages qui m’ont passablement irrité, c’est dire le malaise qu’il provoque. Puis la fin du premier chapitre est venue apaiser un peu le contenu dès lors qu’il croise une de ses collègues de travail qui semble s’inquiéter pour lui, mais qui se révélera encore plus perturbée que lui-même.
La seconde partie fait disparaître tout ce malaise. Le personnage côtoie deux femmes, cette collègue ainsi qu’une jeune étudiante qui ont elles-mêmes leurs propres soucis à régler. Les aidants, il s’aidera lui-même. Il reprend goût à la vie. le sourire se dessine enfin sur son visage. Le roman se termine donc sur une note positive.
Les personnages qui sont dépeints sont monsieur et madame Tout-le-Monde. Ça pourrait être vous, ça pourrait être moi, ils ne sont en rien des héros. La question que l’on est amené à se poser en refermant le livre, qui est le plus traumatisé, qui expérimente la mort la plus violente, au sens de la fin d’une relation ? À travers trois âges, trois moments de perturbation sentimentale. L’un a perdu sa femme, sombre dans la déprime et voit le monde en noir. Une autre fugue de chez ses parents pour se faire déflorer et perd au final ses illusions romanesques. Quant à l’autre, elle ne supporte plus son couple, limite sa vie et voudrait tout changer.
Je pense que c’est un auteur qui sort indéniablement du lot, mais le choix délibéré ou non de commencer la narration par une critique massive de dénigrement de la population sans avoir connaissance au préalable des troubles qui traversent ce personnage n’est, à mon avis, pas la meilleure façon d’aborder l’histoire et pas le meilleur moyen d’accrocher le lecteur.

Quelques citations
« On ne peut pas toujours me dis-je tenir aux gens le langage officiellement prévu, de temps en temps il faut dire n’importe quoi même si ce n’est pas cela qu’ils envisageaient d’entendre. »

« quand on a renoncé à baiser et à se suicider peut-on se remettre comme si de rien n’était à discuter pédagogie. »

« Nous faisions semblant d’être quelqu’un d’autre » Shani Boianjiu

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Quatrième de couverture
Camarades de classe depuis l’école primaire, trois jeunes Israéliennes fantasques cherchent des dérivatifs à leur ennui dans un village près de la frontière où rien ne se passe, sinon le pire. Sarcastique et autoritaire, Léa donne les règles du jeu, entraînant l’espiègle Yaël et la sombre Avishag. La fin de leur scolarité signe la fin de leur insouciance. Propulsées dès dix-huit ans dans le monde monotone et brutal de l’armée pour effectuer leur service militaire, elles se collettent avec toute la violence d’un pays en état d’alerte permanent. Léa est postée à un checkpoint en Cisjordanie, Avishag sert dans une unité de combat chargée de surveiller la frontière égyptienne et Yaël entraîne les soldats au maniement des armes. Chacune tente de traverser à sa manière ces terribles années. Portrait implacable d’une génération perturbée, ce roman initiatique met en lumière la difficulté universelle d’être jeune et de forger son identité.

Mon avis
Difficile de donner mon avis sur ce livre. Je ne l’ai trouvé ni bon ni mauvais. Ce qui est certain, l’histoire ne m’a pas marqué, construite de bribes de vies au travers de trois personnages principaux. J’ai eu du mal à suivre le cours du récit dont les chapitres ne sont liés d’aucune façon entre eux. Il aurait été possible de réduire le roman tout comme il aurait été possible d’écrire encore 50 chapitres, cela n’aurait rien changé à l’impression ressentie. Pourtant, l’écriture est plutôt bonne, la plume légère, mais il manque un petit quelque chose pour plonger pleinement dans le quotidien de ces jeunes femmes.

Quelques citations
« une certitude approximative vaut mieux que le risque d’apprendre une chose qu’on ne tient pas à savoir. »

« Elle appelle les autres recrues mes amies. Je déteste ça. Ce sont des soldats. Pas des amies. Même ma mère me l’a dit : Tu ne vas pas à l’armée pour te faire des amies. Ne sois pas dupe. »

« Des choses qui n’ont pas besoin d’arriver arrivent tout le temps. Nous continuons de les reproduire. »

« – Le téléphone rouge ? Ça veut dire échange de prisonniers. Et moi je dois leur préparer des sandwichs ?
– Je ne peux rien dire. Mais il faut faire des sandwichs. Beaucoup de sandwichs. Autant de sandwichs que vous pourrez.
– Je leur en ferai. Mais je cracherai dedans. Je pisserai dessus. J’y mettrai de la mort aux rats. »